Le désert médical progresse en Moselle

Dans les cinq années à venir, 30% des médecins libéraux mosellans prendront leur retraite, contribuant ainsi à la création de déserts médicaux, que l’on voit déjà se dessiner dans les régions de Sierck-les-Bains, Bitche et dans le Saulnois. Que faire pour remédier à cette situation ?

     Les jeunes médecins dont plus de la moitié sont des femmes, ne remplaceront pas le médecin généraliste d’antan que l’on pouvait appeler jour et nuit, qui connaissait toute la famille et qui ne comptait pas son temps.

     Aujourd’hui, les nouveaux médecins sont sensibles à leur qualité de vie :  ils veulent moins travailler, avoir du temps libre, être en groupe, avoir une activité salariée, totale ou partielle et ne restent plus toute leur vie au même endroit.

     Pour que l’offre de soins perdure dans ces territoires, il va falloir être inventif, car ce n’est pas en obligeant les médecins à s’installer dans certains endroits que l’on y parviendra.

Que peut-on faire ?

     D’ores et déjà, de nombreuses aides existent pour que se mettent en place des Maisons de santé pluridisciplinaires (MSP). Situées en milieu rural, elles associent professionnels médicaux, auxiliaires médicaux, infirmiers, kinésithérapeutes, podologues, orthophonistes. Pour être aidées par l’ARS (Agence Régionale de Santé), elles doivent établir un projet de santé comportant un contrat pluriannuel d’objectifs. Ce dernier entraine un suivi administratif qui peut s’avérer lourd, mais peut être allégé par l’emploi d’un coordonnateur de santé ou assistant médical.

     Le dispositif “Passerelle” porté par l’Ordre des médecins, en association avec l’ARS du grand Est, la région Grand Est, la faculté de médecine de Nancy et l’URPS (Union régionale des professions de santé) a été créé en 2018. Il a vocation à aider les jeunes médecins à s’installer.

Quel rôle peut avoir la télémédecine ?

     Pour lutter contre la solitude technique et l’éloignement, la télémédecine, les consultations avancées de spécialistes et les référents hospitaliers pour les conseils à la demande doivent être développés.

     La profession médicale n’échappera pas à la mobilité globale, qui caractérise le monde du travail. Pourquoi ne pas envisager alors une dose de régulation négociée en début d’activité, prenant en compte les perspectives d’évolution de carrière ?

     Le système pluriel d’exercice professionnel doit être encouragé : libéral classique, maisons de santé pluri-professionnels, centres de santé de différents statuts : mutualistes, associatifs, fonction publique territoriale. Des formes mixtes sont également cohérentes, comme l’activité libérale avec temps partiel en hôpital de proximité. Mais ce sont les territoires qui doivent être les acteurs de ce travail. Il faut réfléchir à une nouvelle organisation collective territoriale.

Pour une réforme audacieuse du numerus clausus

     Le nombre d’étudiants en médecine doit être adapté dans chaque faculté aux besoins régionaux.  C’est un point fondamental car les régions en souffrance démographique, doivent pouvoir former plus de médecins que les régions du Sud de la France, richement dotées en praticiens. Obligation ensuite pour ces médecins de rester au moins pour un certain temps, dans leur région de formation.

Il nous faut proposer d’autres solutions ?

Les collectivités locales ne doivent plus construirent à grand frais des locaux médicaux en espérant attirer des praticiens. Il faut inverser le problème et réfléchir en amont : trouver un emploi pour le conjoint éventuel, organiser les transports des patients âgés vers les cabinets regroupés, mutualiser l’informatique pour que chaque praticien ait accès au dossier médical de chaque patient, organiser des passerelles entre les généralistes et les hôpitaux de proximité. Voilà des pistes à explorer.

     Tous les acteurs du terrain doivent définir les besoins territoriaux : le Conseil départemental, l’ARS, l’Ordre des médecins et les structures hospitalières de proximité. C’est du terrain que doivent émerger les solutions et non pas du sommet des institutions.

 Il existe des financements nombreux, via l’ARS, les Fonds européens, qui demandent à être fléchés au bon endroit et engageront ceux qui en bénéficient.

Comment se porte l’Ordre des médecins ?

     301.000 médecins y sont inscrits en France, 3800 en Moselle.

     57% sont des hommes et 43% sont des femmes pour un âge moyen de 50,8 ans. 47% sont des salariés et 43% des libéraux.

     Dans un pays qui consacre 11,8% de son PIB à la santé, ce qui en fait le 3è au monde derrière les États-Unis et la Suisse, nous pouvons constater que les français sont bien soignés et de façon relativement égalitaire. Il y aura toujours des efforts à faire et en particulier en matière de prévention.

Laurent Dap

Président de l’Ordre des médecins de Moselle

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