Une nouvelle séquence pour le DG: Dominique Wein a façonné la BPALC, comme on écrit une belle phrase

Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément, professait Nicolas Boileau. Il me semble que la formule colle parfaitement à un banquier de la place, qui se partage entre sa passion du maillot bleu de la raison sociale de son établissement et… les livres. Dominique Wein achève un cycle de dix ans à la tête de la BPALC. Il a largement contribué à la construire et à l’inscrire dans le panorama de la Grande région transfrontalière.

Il s’apprête à se rapprocher des reliures anciennes et de leurs contenus. Car sans être l’homme d’une passion unique, ce manager des chiffres cultive un amour des belles lettres. De Guy de Maupassant en particulier, chez qui il savoure, à travers les phrases courtes et pleines de sens, la capacité à transcrire une scène, une situation, une tranche de vie. La vie et les autres, l’écoute et le respect des autres, voilà le moteur de Dominique Wein, natif de Colmar, dans une famille champenoise et franc-comtoise, finalement propulsé à Metz, après avoir œuvré à Nancy et même à Bordeaux et chargé, à partir de 2014, d’inventer une nouvelle Banque populaire à l’échelle du Grand-Est.

Quand en 2010, Dominique Wein, qui a dirigé la Banque Populaire en Lorraine ou dans le Sud-ouest, succède à Jacques Haussler qui a conduit le passage de la BPL au statut de BPLC, il n’imagine pas que sur son bureau vont bientôt se succéder une série de défis de grande ampleur. Certes il mesure au moment où il devient directeur général de la BPLC entre place de Gaulle et rue Charlemagne, qu’il va devoir se soucier de la performance de l’entreprise, mais aussi du fonctionnement le plus harmonieux et le plus efficace possible, de plusieurs milliers de collaborateurs. Voilà déjà une “nouvelle frontière“ qui contenterait plus d’un manager. Mais les temps changent, les banques s’adaptent aux nouvelles réalités territoriales et dès 2014, la BPLC est promise à devenir BPALC. Autrement dit l’Alsace rejoint le giron de la première réunion. Or, l’Alsace c’est une culture, des équipes de direction, un conseil d’administration, des méthodes, un enracinement et donc une forte identité. Pragmatique Dominique Wein balaye d’emblée le processus du “fusionneur“ qui s’imposerait au fusionné. Il convie au contraire les forces vives des deux versants des Vosges qu’il incarne un peu en sa personne, à s’in- venter une nouvelle communauté : celle de la BPALC.

Un millefeuille de complexités

Comme si ce seul chantier ne suffisait pas, la création d’une nouvelle entité suppose aussi de décider de l’installation de son siège. L’arbitrage n’est bien sûr pas simple et si Metz finit par l’emporter, un peu pour sa position centrale dans l’édifice, mais aussi parce que la Caisse d’Epargne opte pour le siège strasbourgeois, ce confortement de la place messine dans l’édifice du groupe mutualiste suppose aussi une domiciliation. Ainsi voit le jour de l’espace Charlemagne, la nouvelle BPALC prenant le parti de demeurer en cœur de ville plutôt que d’opter pour un siège hors les murs. Chacun a en mémoire l’immense chantier étalé sur plusieurs années, qui suppose d’abord une maitrise de l’immobilier de l’ilot faisant face à la gare de Metz. Toutes ses opérations sont menées de front et avec la détermination du fondeur. Le résultat dépasse les attentes initiales, le siège de la banque a redonné vie à l’ensemble du quartier et la présence des personnels dudit siège assure un mouvement et des retombées économiques pour tout le secteur. Mieux, cette requalification de l’ilot a permis de sauvegarder un pan entier du quartier impérial à l’architecture si particulière, tout en offrant les outils modernes d’accueil à la BPALC. Bien sûr en gérant l’évolution à tiroirs des chantiers successifs, tout en conduisant la nécessité de retravailler l’adaptation des ressources humaines, tant en nombre qu’en affectations et responsabilités, le grain à moudre n’a pas manqué pour le directeur général. Il a dû user d’un savant condensé du poids de sa responsabilité, d’un sens de l’équilibre, d’un art consommé de la négociation et d’un partage des sensibilités et représentativités pour constituer un conseil d’administration. Car ce dernier devait mêler le territorial, la pesée géographique, les filières de banque et la répartition femmes-hommes. Ouf ! Un exercice de complexité rare, dont Dominique Wein s’est tiré avec entregent et surtout succès. Car trois ans après la fusion des deux banques, leur réunion en une seule main a trouvé son rythme de croisière. La colonne vertébrale de tout ce grand chambardement ? « Faire grandir la banque en étant encore plus au service des territoires et en nous appuyant sur les femmes et les hommes » explique le directeur général. Voilà le pavillon est envoyé, par celui qui est entré à la banque après ses études de droit et un cursus spécialisé en banque, finance et management : celui de la Banque populaire. Le bleu, tout simplement.

L’attention aux femmes

Tout n’est pas simplement question d’image, de pavillon ou d’affichage de résultats. D’ailleurs s’ils sont présents à l’appel, c’est à force de travail et de travail mené en bonne intelligence sur des territoires plutôt différents les uns des autres. Il y a d’abord les efforts de Dominique Wein, qui n’est parvenu par hasard à son niveau de responsabilité. Il s’est fait remarquer par une capacité d’analyse et d’expression, par des résultats dans ses postes en pôle entreprises, puis dans des fonctions managériales. Même dans une Lorraine où les grandes industries ont disparu, le maillage industriel reste présent et en Moselle en particulier, la démographie est positive. Le dynamisme du Grand-duché n’étant d’ailleurs pas étranger à cette présence forte de la population et…à son pouvoir d’achat. Résultat : la BPALC affiche des scores enviés. Mais comme l’explique Dominique Wein : « je me suis attaché à ce que nos fonds propres soient le double des exigences minimales, cela nous confère une grande liberté pour investir. » Vis-à-vis de ses collaborateurs il n’a pas manqué de filer la métaphore sportive en leur expliquant que chaque communauté régionale de la BPALC ne doit en rien renoncer à son maillot de club, mais qu’en revanche, tous appartiennent à une équipe interrégionale qui porte cette fois les couleurs éponymes. Dominique Wein, qui est fan de rugby, aime à transcender ses joueurs ! Ses “joueuses“ aussi. Rarement il aura autant été fait pour valoriser les femmes, qui pèsent 59% de l’effectif global. Dans l’encadrement elles ont progressé de 27 à 47% et une foule d’initiatives en leur faveur ont été prises. La création de l’association Essenti’Elles a été l’occasion de permettre aux femmes de réfléchir au fond sur des sujets comme les congés de maternité, le cancer au travail, les longues maladies au travail. Il reste encore à franchir l’étape de la direction, où seulement deux femmes exercent. La récente nomination de Sabine Calba (ex directeur adjoint à Metz) à la tête de la Banque Populaire de Méditerranée à Nice atteste, que cela ne reste pas qu’un vœu pieux. Enfin pourquoi la banque ne s’adapterait-elle pas aux femmes qui composent la moitié de sa clientèle ? La BPALC sait investir les différents créneaux porteurs d’opportunités en particulier au Grand-duché ou avec l’Allemagne. Ce qui permet à l’établissement d’être le troisième du réseau national.

Les contes après les comptes

Fort de ces résultats engrangés, d’une structuration réussie et ancrée à Metz avec un siège moderne, Dominique Wein aurait pu imaginer terminer son parcours à la banque dans un régime de croisière. Pourtant avec la pandémie, il a été précipité dans un nouveau tourbillon, où le télétravail est devenu la règle, mais où paradoxalement certains demandent à revenir travailler en présence, car le brassage professionnel leur manque. Covid aura donc été l’ultime borne de balisage d’une décennie pour le moins agitée, tonique et néanmoins positive en résultats. A l’instant, où Dominique Wein quitte la banque au sein de laquelle il a fait carrière -et quelle carrière- une nouvelle séquence s’ouvre pour lui. Il garde des mandats au sein de conseils d’administration, prévoit de prodiguer du conseil, mais entend bien aussi se garder du temps pour ses chers livres. Pas ceux des comptes, mais bien plutôt des contes. Collectionneur d’ouvrages et de beaux livres à l’heure du tout numérique, il pourrait apparaitre comme atypique. D’autant qu’il entend aussi désormais consacrer du temps à l’Académie nationale de Metz, tout en se partageant entre Metz et les Vosges, où il possède une maison et… une bibliothèque, vous vous en seriez doutés. Pour ma part, il me semble qu’un amoureux des belles lettres ne peut être qu’une personnalité humaniste, éclairée et soucieuse des autres. Voire un curieux invétéré. Aussi lui souhaitons nous un chemin de découverte aussi joyeux que tonique. A l’instar de sa décennie prodigieuse à la tête d’une BPALC qu’il a façonnée, comme on trousse une belle phrase. D’ailleurs ne rêve-t-il pas d’écrire ?

Gilbert Mayer

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