L’après-Trump : L’Amérique en danger

Trump est parti. Après quatre années de guérilla orchestrée par ses adversaires et deux tentatives de destitution rates, les Démocrates reviennent au pouvoir. Est-ce la respiration tant attendue ? Pas sur, nous explique le journaliste Rogé Kaplan correspondant de tennis pour The American Spectator, ancien éditorialiste au New York Post et Detroit News et collaborateur dans divers journaux tels Wall Street Journal et The Atlantic. Son approche et son décryptage donnent même à penser que l’Amérique est en danger.

Ecartons d’abord les sujets d’actualité, qui faussent le débat sur la recomposition politique des USA, que Donald Trump a essayé de tracer et qui n’est pas forcément rendue caduque par sa défaite. Il est faux, en premier lieu, de prétendre que Donald Trump a tenté une sorte de 18 Brumaire, le 6 janvier 2021.  Il est faux également de prétendre que l’émeute au Capitole (siège du pouvoir législatif, Chambre et Sénat) a été une insurrection.  En revanche, il est vrai que l’opposition à Trump, qui tient maintenant le pourvoir dans les deux instances du législatif et, bien entendu, l’exécutif, persiste à affirmer qu’il y a eu tentative de coup d’Etat ; qu’il y a eu sédition et insurrection et que Trump en était le meneur, ou au moins l’inspirateur. En conséquence de quoi, il faudrait lui enlever le droit d’être a nouveau candidat à quoi que ce soit, même adjoint au maire dans le village de Floride où il habite. C’était la raison du procès en destitution, qui a échoué malgré le soutien de sept sénateurs républicains qui ont vot” la mort en vertu –excusez du peu- des charges, “incitation a l’émeute et insurrection.” Les cinquante démocrates ont voté comme un seul, ce qui n’a surpris personne. Le procès en (“impeachment” en américain) est fondamentalement contestable du point de vue constitutionel, puisque la Constitution définit clairement que cette procédure concerne les présidents (et autres officiels fédéraux) en exercice.  Or, Donald Trump n’était pas président, l’investiture de Joseph “Joe” Biden ayant eu lieu le 20 janvier calmement et sous surveillance de 30 000 soldats ! Le symbolisme a été transparent: les Démocrates ont, finalement, réussi le coup d’Etat qu’ils s’acharnaient à accomplir depuis la campagne électorale de 2016.  Il goutaient enfin le succès tant espéré, obtenant un président épuisé physiquement et mentalement sous garde, avec interdiction de sortir ou de parler à la presse, sauf dans le cadre le plus mécanique qui soit.  On croit rêver: l’Union soviétique de Brejnev défaillant, ou l’Algérie de Bouteflika au delà de la défaillance au pays de la liberté, tout cela réuni en une situation. Mais la victoire est amère, car Trump non seulement a déjoué pendant quatre ans les coups bas de toute sorte, venant de l’intérieur même de certains services de l’Etat, ainsi que de l’opposition hystérique, et relayée par des medias transformés en haut-parleurs d’un camp politique. En fin de compte, Trump n’a pas été “impeached” (destitue).  C’est pour cela que maintenant, les nouveaux maitres de Washington pourchassent “l’ennemi intérieur,” cherchent des dissidents et séditieux dans tous les recoins, non seulement du paysage politique, mais de la culture, voire du sport et tout autre sphere de la société qui pourrait servir de recours aux Américains normaux. Parmi les toutes premières mesures prises par le Président Biden: le renforcement des régulations fédérales sur les hommes et les femmes, à l’école, dans les sports, dans la politique étrangère, où toute différence entre genres ou le mélange des deux, doit être non seulement premise, mais encouragée.

Ingérence de l’Etat fédéral

Les écoles publiques sont gérées par les localités, sous surveillances des Etats.  Mais le gouvernement fédéral s’est de plus en plus mêlé de l’enseignement à travers le budget.  Depuis les années 1960, les fédéraux ont pris une influence active croissante dans les affaires de l’enseignement, sous prétexte que celui-ci, dans les séquelles de la ségrégation raciale, n’était pas offert de facon égale a tous. Les écoles ont vu leurs subsides fédéraux s’accroitre.  Avec les hausses de dépenses un peu partout dans les systèmes d’assistance publics, les Etats et localités auraient du mal à boucler leurs budgets sans les aides venant de Washington.  Or celles-ci ne sont pas gratuites ; les fédéraux peuvent demander que les dépenses pour les activités sportives soient égales pour les filles et les garcons.  Ceci est ridicule, car le sport masculin, dans les écoles, coûte beaucoup plus cher.  Les filles pratiquent gymnastique, natation, athlétisme ; les garcons aussi, mais ils s’investisent aussi dans les basketball, baseball, et football, hockey sur glace. Des sports qui exigent des budgets plus lourds.  Pourquoi s’ingérer dans les décisions budgétaires dans ces conditions?  Mais ce n’est pas tout: les fédéraux, Biden en tête, insistent sur le fait que pour recevoir les aides fédérales, les écoles doivent permettre aux garcons-filles, voire filles-garcons de participer.  Or, il est n’est pas besoin d’être médecin ou scientifique pour reconnaitre qu’un garcon qui se transforme en fille reste anatomiquement masculin et possède par conséquent un avantage sur celles contre lesquelles il court ou nage. 

Des affaires de genres

Au moins sur ce point-la, la nouvelle administration semble vouloir éviter l’hypocrisie.  Ainsi, ce qui est bon pour les écoliers (les régulations sont valables aussi au niveau universitaire, et presque la totalité de l’enseignement supérieur aux USA, meme privé, reçoit des subsides fédéraux) est  aussi  bonpour nos amis en Afrique, Europe, Asie, Amérique du Sud. Le Département d’Etat met à l’ordre du jour le principe selon lequel les diplomates doivent encourager les gouvernements auprès dequels ils sont accrédités, à avancer les Droits de l’homme. En l’occurence ceux dont l’identité sexuelle est diverse, douteuse, ou double, c’est une priorité.

Pas la menace de la Chine communiste.  Pas la Russie, ni l’Iran.  Même pas l’Alliance Atlantique, que Donald Trump avait, parait-il, malmenée (en fait, c’est grâce à lui que les Européens repensent sérieusement, pour la première fois, leurs budgets et priorités stratégiques).  Pas le dévelopemment économique africain, qui pourtant a fait beaucoup de progrès récemment et qu’il serait dommage de renvoyer à la case “assistance internationale” comme semble le penser les Démocrates.  Pas la sécurité des frontières, la guerre contre le terrorisme islamique et les narcotrafiquants, les grandes menaces sanitaires dans un monde en mutation, pas la défense des Chinois de Hong Kong ou Taiwan, ni des musulmans de Uighurs.  Non et non.  La politique étrangère americaine, c’est la défense des hommes-femmes.  On voudrait recommender à Joe Biden – dont le second prénom est pourtant Robinette, sa famille ayant des origines francaises – de lire le chef d’oeuvre de Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe. Mais on peut douter de ce qu’il aurait la volonté, la force, ou l’état d’esprit d’entreprendre une telle lecture.

Un vent de libéralisation

En politique étrangère, Donald Trump a essayé de remplacer des politiques qui avaient leur raison d’être, mais dont on ne connaissait plus les rouages, ou dont on n’avait pas les moyens et qui ne donnaient plus les resultats voulu.  Sans doute une politique étrangère ne peut jamais réussir comme un match de football (et pourtant: Ronald Reagan définissait ce qu’il entendait par politique étrangère vis-à-vis de l’URSS: “We win. They lose.” (Nous gagnons. Ils perdent.)  Mais dans les années qui ont  suivi cette victoire, nous avons l’impression d’être de plus dans le brouillard, le flou, l’improvisation.   C’est pour cela que Donald Trump a utilisé le slogan “America First”.  Il voulait dire: arrêtons de nous embrouiller et occupons nous de nous-mêmes.  Ce n’était pas seulement de politique étrangère, dont il s’agissait.  Trump demandait: pourquoi permettre au centre (fédéral) d’imposer des régulations et des politiques fiscales qui ne servent personne, sauf les assistés et les bureaucrates (souvent les mêmes…) au nom d’un hypothétique intérêt supérieur de l’humanité. 

Economie dynamique, fiscalité raisonnable, ces simples concepts sont détestés par ceux dont le travail consiste à parasiter le travail des autres.  De fait, l’économie sous Trump était en plein essor, avec le plus bas taux de chômage de mémoire d’homme.

Trump a dérangé

Au niveau local, Trump a tenté, avec son ministre de l’Education (département, ou ministère, qu’il aurait bien voulu éliminer entièrement du gouvernement fédéral), d’encourager des politiques de concurrences à l’école publique, à travers les “charter schools”. Un mouvement dans l’enseignement public qui permet aux enseignants de travailler en dehors de la tutelle et surveillance des bureaucraties de l’enseignement, ce qui permet beaucoup plus d’expérimentation, que ce soit en insistant sur la rigueur classique ou en donnant plus de place a des disciplines particulière. Ainsi l’on trouve des “charter schools” spécialisées en éducation bilingue, voire multi-lingue, ou en maths et sciences dures, ou en génie et sciences mécanique.  Depuis un quart de siècle environ, ces écoles ont des résultats, mais il est sur que les éleves sont plus performants et adaptés socialement, que leurs amis dans les écoles d’a coté.  Vu les désastres dans l’enseignement, on ne peut reprocher l’effort, pourtant les “charters” rencontrent des obstacles de tous les cotés et l’expérience, tant sociale que pédagogique, reste limitée.  Trump, qui bien sur n’est pas à l’origine de cet effort, mais qui l’a soutenu, a été constament attaqué, notamment par les syndicats d’enseignants et les Démocrates, et soupçonné de saborder l’école publique. Ce qui est proprement absurde. Dans un domaine ou dans l’autre, l’avenir des enfants ou l’avenir du monde, enseignement ou politique étrangère, Donald Trump dérangeait.  C’est pour cela qu’il y a eu contre lui un coup d’Etat en puissance dès le début.  Il faut bien remarquer que Trump n’avait, n’a toujours, rien d’un radical. C’est un homme du centre, un pragmatique, ses références datent du temps du Général, puis Président Dwight Eisenhower, homme de consensus et de prudence.  Trump avait comprit que les idées recues ne fonctionnaient pas; n’importe quelle personne raisonnable aurait compris que c’était le moment de les remettre en question.  Trop d’intérêts voyaient en cette remise en cause, une aggression contre leur “salades“, ce qui d’ailleurs n’était pas complètement faux. Trump demandait seulement qu’ils modifient leurs facons d’être et d’agir, non qu’ils disparaissent.  C’était trop demander.  Mais comme la majorité des Americains l’approuvait, il a fallu trouver autre chose, d’où une campagne d’anti-racisme declenchée, contre des brutalités policières, de résistance à un fascisme en puissance.  On connait la suite, y compris les émeutes de l’année passée, approuvées et encouragées par les Démocrates. Trump n’est aucunement raciste, les polices américaines ne le sont pas non plus, et ce qui reste est le spectacle de mensonge fonctionnant comme arme politique, à une échelle réellement inquiétante pour un pays où, en principe, la transparence a tout les niveaux, l’esprit scientifique, la confiance aux fait vérifiables, devrait être un rempart contre la démagogie. 

Une ingérence impardonnable

Il est trop tôt pour savoir si la raison et le bon sens l’emporteront. Les Américains sont souvent en proie à des modes, qui ne durent qu’une saison. Donald Trump en fin de compte a-t-il perdu son pari selon lequel le bon sens pourrait réformer les institutions et leurs politiques?  Il faut admettre qu’à la fin, exaspéré après quatre ans de subversion, il a perdu son sang-froid.  L’élection jouée, et perdue, il n’a pas voulu partir de manière digne, garantissant la continuation du redressement américain dont il s’était fait le chef.  Certes, son constat qu’il y a eu des irrégularités dans le vote, voire de la fraude organisée, n’était aucument outré.  Il y a souvent des irrégularités dans des scrutins.  Il n’est pas déraisonable de mettre en avant l’hypothèse que, au vu du contexte des quatre années passées et surtout du profit qu’a tiré l’opposition des défis posés par les crises sanitaires et le soulèvement de mouvements franchement anti-américains au nom de l’anti racisme, que la fraude a été plus systématique que d’habitude.  Il reste que, s’il était parfaitement dans son droit de demander des révisions et des enquêtes, il ne pouvait, en tant que protecteur de la Constitution, mettre en cause la passation des pouvoirs exigée par cette même Constitution.  C’est là, non dans un absurde projet d’insurrection ou de putsch, que Donald Trump a commis une faute.  En martelant pendant deux mois que l’élection était volée et qu’il n’accepterait pas les résultats et, en fin de compte, en essayant d’utiliser l’exécutif pour empêcher le législatif de faire son travail (c’est le Congrès qui “certifie” l’élection, ce pour quoi les députés et sénateurs étaient réunis le 6 janvier), il s’est ingeré de facon impardonable. La séparation des pouvoirs, dans le système constitutionel américain, doit être respectée.   Sur ce point, d’ailleurs, un “impeachment” était tout à fait logique, certainment plus que l’ubuesque histoire de téléphone avec son homologue ukrainien qui avait servi de prétexte aux Démocrates l’année précédente et qui justement, représentait une interférence du législatif dans les affaires de l’exécutif ! 

Il est clair que la procédure de l’impeachment est une affaire politique. Alexandre Hamilton, l’un des “Peres fondateurs” de la Constitution, l’a très bien prévu, craignant que l’on en abuse.  Les Démocrates n’avaient pas besoin de mettre le président sortant en accusation, puisqu’il acceptait, en fin de compte, de sortir. 

Ils ont quand même insisté, parce qu’ils veulent étouffer ce redressement qui a porté Donald Trump au pouvoir pendant quatre ans.  Ils veulent, de facon radicale, changer la société américaine. 

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