Lionel Sommi est originaire de Moselle, de la vallée de l’Orne. Né à Metz, ayant grandi à Rosselange, non loin d’Amnéville : « Je possède des attaches familiales et sociales fortes en Moselle Nord depuis mon enfance. Après avoir quitté à regret la région pour mes études, mon attachement viscéral à ma terre d’origine m’a conduit à m’y réimplanter, de façon définitive je l’es- père. Désormais père de famille, je suis établi à Metz avec ma compagne depuis quelques années. »

Pilote de ligne, une vocation : « J’ai tou- jours souhaité travailler dans le milieu de l’aéronautique. Le métier de pilote de ligne m’a toujours fasciné et cet émer- veillement s’est aiguisé au fil de voyages familiaux. Lors de l’adolescence, j’ai eu la chance de rencontrer un ami de mon frère, contrôleur aérien. Ce dernier m’a exposé les facettes positives du métier de pilote de ligne, mais aussi celles plus négatives comme la fatigue inhérente à cette profession, le rythme de vie décalé… Mais il m’a avant tout aiguillé et orienté très précisément vers le parcours scolaire à suivre afin d’intégrer l’École nationale de l’aviation civile, seule école française d’État à former des pilotes de ligne. Fort de ces précieux conseils, j’étais sereinement armé pour tracer mon cur- sus scolaire et supérieur. Enfin, il sem- blerait aussi que cette vocation de pilo- tage soit le fruit d’un héritage familial, puisque mon arrière grand-père mater- nel était pilote de chasse dans l’armée… allemande lors du second conflit mon- dial, conflit dans lequel il aura le malheur de laisser la vie. »

TÉMOIN DE LA VIE TERRESTRE

Lionel Sommi intègre l’ENAC à Toulouse, en 2005 puis les centres écoles de pilotage de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), avant un pas- sage chez Airbus à Toulouse sur simulateur Airbus A320. Une formation dense et sélective pour décrocher les licences requises à l’exercice du métier de pilote de ligne. La qualification de ce type sur tel ou tel avion, s’obtenant une fois embau- ché en compagnie aérienne.

Pilote de ligne : une exigence exa- cerbée, ne jamais se reposer sur ses acquis, gérer de multiples paramètres matériels et humains, avec comme prio- rité la sécurité des vols : «Survoler des continents, des mers, des océans, en long, en large et en travers, nous rap- pelle à quel point notre Terre est d’une infinie richesse. Certains paysages sont à couper le souffle, et pouvoir observer, par exemple, des aurores boréales pen- dant des heures, des étoiles pendant des nuits entières, nous rappellent la position privilégiée que nous offre notre métier.

Cela permet de relativiser grande- ment notre place d’être humain, infi- niment petite, parmi ces immenses étendues que nous survolons. Para- doxalement, d’un point de vue écolo- gique et sociétal, dans le contexte actuel de réchauffement climatique, je me rends compte à quel point l’être humain peut être à sa petite échelle destructeur pour son environnement. Survoler l’Amazonie en proie à là déforestation, une déforestation largement visible du ciel, observer le recul des glaces du Pôle, me permet de prendre toute la mesure des progrès écologiques que nous devrons réaliser dans les années qui viennent.

Je rappelle que, dans le contexte actuel, et à la mode du mouvement

« honte de l’avion », les passagers sont en moyenne transportés à 2 litres au 100 km/passager. Largement en deçà des autres moyens de transports et même si nous devons encore faire des progrès, en terme de consommation et de rejet de CO2. »

LE SOCLE FAMILIAL

La carrière de pilote professionnel de Lionel Sommi débute en 2008 au sein d’une petite compagnie aérienne basée en Savoie, Rectimo air transports. Il passe en parallèle une qualification sur Airbus A320, est recruté fin 2014 en tant que copilote moyen courrier par Air France. Il est détaché ensutie pour une période de trois ans au sein de la compagnie à bas coûts d’Air France, Transavia.

Ses premières armes se font sur avion de ligne à bord d’un Boeing 737-800. Chez Transavia, Lionel Sommi totalise presque 2000h sur Boeing. Fin 2017, il rejoint Air France « mainline » en qualité de copi- lote sur Airbus A320, évoluant vers son poste actuel de copilote long courrier sur Boeing 777, avec des vols pouvant durer près de 14 heures. Seule chose immuable : sa base de départ, à Paris-Roissy Charles de Gaulle (ou d’Orly très rarement). Ses vols sont assurés à une altitude moyenne de 36000 pieds, soit 12 kilomètres d’alti- tude, à une vitesse sol moyenne de 500 nœuds, soit 950 km/h. Il vole en moyenne à Mach 0.84, ce qui représente 84% de la vitesse du son.

« Professionnellement et humaine- ment, j’ai réalisé mon rêve en devenant pilote de ligne dans une compagnie si prestigieuse qu’Air France. Mais le centre absolu de mes priorités reste ma famille. Chiraz, ma compagne, et Adam, mon fils, sont des piliers et des moteurs qui me permettent de m’accomplir. »

Lionel Sommi pense à celui qu’il l’a toujours soutenu vers son dessein pro- fessionnel : « Mon papa est décédé cet été et je tiens à honorer sa mémoire car il occupe une place primordiale dans l’ac- complissement de mon objectif profes- sionnel. Mes parents m’ont procuré une éducation remarquable et m’ont transmis le goût du travail et de la persévérance, ce qui m’a permis de concrétiser mon rêve. Ils m’ont accompagné dans tout mon cursus scolaire et toute ma formation à l’ENAC, me donnant les moyens d’at- teindre mon but. Mon père, était fier de ma réussite et de mon parcours. Il suivait ma carrière avec la plus grande attention. Lorsque je suis passé en mode long-cour- rier cette année, sur Boeing 777, il était déjà gravement malade. Il me disait avec émotion à quel point il était fier de moi et qu’il pouvait désormais partir tran- quille, maintenant que j’avais concrétisé mon rêve… C’était aussi son rêve que je concrétisais. Je suis heureux d’avoir pu lui apporter ce moment de bonheur lors de ses derniers instants de vie. »

 

Laurent Siatka

Donc retour sur site avec une nou- velle campagne de prises de vues, pour laquelle il fallait parfois convaincre les organisateurs de se remettre en scène. Ils ne comprenaient pas toujours ce zèle, allant jusqu’à lui rétorquer qu’il avait déjà effectué sa séquence de photographies et supposant parfois qu’il avait failli. C’est qu’ils n’étaient pas forcément habitués à cette recherche de perfection, attendu qu’ils avaient si souvent dû se soumettre au banal “clic-clac“ de ludions pressés d’en finir. Du coup, le professionnalisme surprenait. Depuis quinze ans, ils ont cependant appris à connaître le ténor du boitier et ont pu constater au quotidien que le regard sur leurs actions et mani- festations avait changé. Car depuis qu’il a intégré la rédaction du Républicain Lorrain en journaliste ès-qualité, cet enfant du sud lorrain, né d’un papa ori- ginaire de Constantine et d’une maman Meurthe-et-mosellane, a su tracer son sillon : très profond.

GRAPHEUR ET DANSEUR HIP-HOP

Chez le jeune Karim, la jeunesse qui se déroule à Dieulouard est très tôt ponctuée d’envies artistiques. La condition sociale de sa famille, le père travaille chez Saint- Gobain, aurait pu l’orienter vers d’autres perspectives, mais chez lui l’envie de créer est la plus forte. Ce bouillonnement trouve à s’exprimer au sein d’une insti- tution décidément très porteuse : la MJC locale. Il commence à graviter autour de l’atelier photo, mais ses premières œuvres sont accomplies aérosol à la main. Il se veut grapheur et s’adonne avec plaisir à ce mode d’expression urbain. Parallèlement, ce garçon au physique très sec réagit posi- tivement aux rythmes de la musique des quartiers de l’époque et son corps gracile se plie sans difficulté aux figures de la danse hip-hop. La source de l’éducation populaire et artistique qu’est la MJC est une aubaine pour cet énergique et bouli- mique garçon, qui sous ses airs détachés et son œil sombre, cultive une âme sen- sible pour tout ce qui touche à l’expres- sion artistique. Au lieu d’aller effectuer son service national, il décroche le statut d’objecteur de conscience, si bien que, de consommateur de pratiques culturelles à la MJC, il en devient co-animateur.

C’est alors que s’impose à lui de façon déterminante une profonde envie de créer par l’image. Un monde qu’il s’em- ploie à façonner avec passion. Dans ce rôle d’éducateur, qui lui laisse du temps et alors qu’il dispose des moyens tech- niques de la maison, ses photographies viennent bientôt décorer les murs de l’établissement. Les journalistes qui y viennent en reportage ne manquent pas d’être surpris par la qualité du travail et en viennent à suggérer à Karim de passer de la photo d’art et de rue à celle de presse. Il ne tarde pas à succomber à l’offre et embraye en tant que corres- pondant du Républicain Lorrain à Pont- à-Mousson. Là encore, le théâtre humain local devient bien vite trop étroit pour ce garçon, dont les prises de vues sont animées d’une âme profonde. Le chef d’agence, Jean-Marie Kardanow se pro- pose de l’embaucher en CDD et à peine quelques reportages plus loin, jauge qu’il faut s’assurer les services de ce chasseur d’images au plus vite. Il professe alors que Karim ira loin. Jean-Marie a vu juste. Les conséquences de la tempête de la fin 1999 donnent l’occasion à ce journaliste en herbe de se faire remarquer. Sa vision focus du sinistre forestier et urbain confère à ce dramatique événement climatique une réalité claquante dans les pages du quotidien régional. S’ouvre alors une période de mouvements entre les diffé- rentes agences du RL du Pays-haut. Il faut remplacer les titulaires, mais au lieu de se contenter de boucher le trou dans les effectifs, Karim s’impose, révèle sa patte, touche les cœurs, séduit. Une séquence de faits-divers traitée avec maestria, achève de braquer les regards de la hié- rarchie du journal, sur cet autodidacte. C’est dit : il est appelé au siège à Woippy.

L’APPEL DU TERRAIN

S’il se réjouit de cette fulgurante pro- gression, Karim arrive au saint des saints du RL où peu de monde l’accueille, mais où certains l’attendent au virage. Il va fal- loir s’imposer sans pour autant trop s’ex- poser. Michel Pira, le chef photographe de l’époque est son Pygmalion, car cet éter- nel insatisfait de l’image a su reconnaître dans le travail de son filleul, ce soupçon d’âme qui change tout et cette détermi- nation à toujours remettre sur le métier. Son double en quelque sorte. Sous la hou- lette du maître, qui le conseille et l’oriente, Karim est désormais de tous les grands moments de la Région, mais en même élevé. Pas question de dériver, cela se voit tout de suite. A sa manière, parfois un peu rugueuse, Karim s’intègre néanmoins, noue des relations avec ses confrères qui, compte tenu de la qualité de sa produc- tion, ne manquent pas de revenir vers lui pour d’autres sujets. L’osmose est accom- plie et Karim s’en donne à cœur joie dis- posant devant ses objectifs, d’un terrain d’expression sans limite.

Après c’est le caractère qui joue aussi. Car chez ce capteur d’instantanés, la bourse n’est jamais assez pleine, le cadrage jamais fixé une fois pour toutes. Technicien de la lumière et du mouve- ment, il ajoute à ces qualités essentielles, un regard. Une façon d’approcher un sujet, qui le conduit à ne jamais se conten- ter de ce qu’il embrasse au premier coup d’œil. Chez lui le couple information-ar- tistique est sans cesse en action. Il braque le regard du plasticien sur ce qu’il cherche à immortaliser. Le résultat est saisissant et le lecteur y gagne très fortement dans sa quête d’information, qui s’en trouve guidée et enchantée.

Depuis, Karim n’a pas repris la bombe de peinture, pas plus qu’il ne s’est remis aux esthétiques contorsions de la danse. En revanche, il est papa de deux petites filles, qui absorbent les rares instants solange fluder

« à chaque problème, une solution »

temps dans la bulle woippycienne, il se sent un peu à l’écart de l’humanité et de la vie quotidienne. Il a besoin du terrain et de son exigeante – très exigeante – pulsa- tion. Après trois années qui achèvent d’en faire un professionnel aguerri et reconnu, il rejoint l’édition de Metz.

À l’époque, le cœur battant du jour- nal, l’outil politique de la direction du RL, le creuset où l’aventure générée par Victor Demange a débuté. La locale Metz c’est tout à la fois, la ville centre, les 156 communes qui l’entourent, mais aussi les grandes institutions, les événements culturels. En clair un fabuleux terrain de jeux, mais avec un degré d’exigence très

libres, dont il jouit dans l’accomplisse- ment de son métier de photographe-re- porter. Quoique né à Dieulouard en 1974, d’un couple franco-algérien, Karim a bra- qué son regard outre-Méditerranée, où il a connu son épouse et où il ne manque pas d’aller voyager chaque fois qu’il le peut. L’ouest algérien et Constantine exercent un attrait sur ce lorrain biculturel, qui sait bien capter et restituer l’originale et très diverse réalité régionale du quoti- dien, parce qu’il en est lui même membre autant qu’acteur. Karim, le lorrain, est un sacré conteur !

Gilbert Mayer

Des femmes et des hommes